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Connais-moi
si tu peux, ô
passant,
connais-moi!
Je suis ce que
tu crois et suis
tout le
contraire:
La poussière
sans nom que ton
pied foule à
terre
Et l'étoile
sans nom qui
peut guider ta
foi.
Je
suis et ne suis
pas telle qu'en
apparence:
Calme comme un
grand lac où
reposent les
cieux,
Si calme qu'en
plongeant tout
au fond de mes
yeux,
Tu te verras en
leur fidèle
transparence ...
Si
calme, ô
voyageur... Et
si folle
pourtant!
Flamme errante,
fétue, petite
feuille morte
Qui court,
danse, tournoie
et que la vie
emporte
Je ne sais où mêlée
aux vains
chemins du vent.
Sauvage,
repliée en ma
blancheur
craintive
Comme un cygne
qui sort d'une
île sur les
eaux,
Un jour, et
lentement à
travers les
roseaux
S'éloigne sans
jamais approcher
de la rive ...
Si
doucement
hardie, ô
voyageur,
pourtant!
Un confiant
moineau qui
vient se laisser
prendre
Et dont tu sens,
les doigts serrés
pour mieux
l'entendre,
Tout entier dans
ta main le cœur
chaud et
battant.
Forte
comme en plein
jour une armée
en bataille
Qui lutte,
saigne, râle et
demeure debout;
Qui triomphe de
tout, risque
tout, souffre
tout,
Silencieuse et
haute ainsi
qu'une muraille
...
Faible
comme un enfant
parti pour
l'inconnu
Qui s'avance a tâtons
de blessure en
blessure
Et qui parfois a
tant besoin
qu'on le rassure
Et qu'on lui
donne un peu la
main le soir
venu.
Ardent
comme un vol
d'alouette qui
vibre
Dans le creux de
la terre et qui
monte au réveil,
Qui monte,
monte, éperdument
jusqu'au soleil,
Bondissant,
enflammé, téméraire,
fou, libre! ...
Et
plus frileuse,
plus qu'un
orphelin
l'hiver,
Qui tout autour
des foyers clos
s'attarde, rôde
Et désespérément
cherche une
place chaude
Pour s'y blottir
longtemps sans
bouger, sans
voir clair.
Chèvre,
tête indomptée,
ô passant, si rétive
Que nul n'osera
mettre un
collier à son
cou,
Que nul ne
fermera sur elle
son verrou,
Que nul hormis
la mort ne la
fera captive ...
Et
qui se donnera
tout entière
pour rien,
Pour l'amour de
servir l'amour
qui la dédaigne,
D'avoir un
pauvre cœur qui
mendie et qui
craigne
Et de suivre
partout son maître
comme un chien.
Connais-moi!
connais-moi! Ce
que j'ai dit, le
suis-je?
Ce que j'ai dit
est faux - Et
pourtant c'était
vrai!
L'air que j'ai
dans le coeur
est-il triste ou
bien gai?
Connais-moi si
tu peux. Le
pourras-tu? ...
Le puis-je?
Quand
ma mère
vanterait
À
toi son voisin,
son hôte,
Mes
cent vertus à
voix haute
Sans
vergogne, sans
arrêt;
Quand
mon vieux curé
qui baisse
Te
raconterait tout
bas
Ce
que j'ai dit à
confesse...
Tu
ne me connaîtras
pas.
Ô
passant, quand
tu verrais
Tous
mes pleurs et
tout mon rire,
Quand
j'oserais tout
le dire
Et
quand tu m'écouterais,
Quand
tu suivrais à
mesure
Tous
mes gestes, tous
mes pas,
Par
le trou de la
serrure...
Tu
ne me connaîtras
pas!
Et
quand passera
mon âme
Devant
ton âme, un
moment,
Éclairée
à la
grand'flamme
Du
suprême
jugement,
Et
quand Dieu comme
un poème
La
lira toute aux
élus,
Tu
ne sauras pas
lors même
Ce
qu'en ce monde
je fus...
Tu
le sauras si
rien qu'un seul
instant tu
m'aimes!
(auteur
inconnu)
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