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Il
y a
près
plusieurs
années,
Yves
Marcel
perdait
sa
femme.
Brutalement.
Alors
lui,
petit
agriculteur
du
sud-ouest,
plus
habitué
a remuer
la terre
que les
mots,
s'est
mis en
devoir
d'écrire.
Avec
acharnement.
Sur un
petit
calepin
qui ne
le
quittait
jamais
il a,
patiemment
et
humblement,
entre
deux
sillons
et
durant
les
nuits
d'insomnie,
traduit
en mots
ce qui a
été
d'abord
la chair
de son
existence.
Des mots
pour
dire que
l'amour
est plus
fort que
la mort.

Émilienne,
toi qui
seras
pour
toujours
"
ma
Mimi",
écoute-moi.
Pourquoi
dans la
tempête,
cette
rafale
plus
forte
que les
autres,
qui d'un
seul
coup a
tourné
vingt-cinq
pages du
livre de
notre
vie et
m'a
laissé
seul et
anéanti
? Neuf
mois
maintenant...
Dois-je
prolonger
mon
attente
en
gémissant
dans mon
exil ?
Ou ne
dois-je
pas
plutôt
rendre
grâce
avec
toi,
pour
l'accomplissement
de ce
commun
destin
pour
lequel
toi la
première
a
répondu
oui, en
sacrifiant
ta vie.
Ta vie,
notre
vie, cet
édifice
en
construction
donc
l'achèvement
nous
demandera
toute
l'éternité,
nous en
avons
été
les
architectes.
Assis
côte à
côte
lors nos
premières
rencontres,
nous en
dessinions
les
plans.
Tu t'en
souviens,
n'est-ce
pas, toi
qui le
voulais
si beau,
qui le
désirais
si grand
et si
solide.
Tout
avait
commencé
ce jour
de la
Saint-Jean
de 1950
où nous
nous
sommes
rencontrés
et nous
nous
sommes
choisis.
Durant
les deux
années
de nos
fiançailles,
nous
avons
pioché
ensemble
jusqu'au
roc pour
creuser
les
fondations
de notre
amour et
de notre
avenir
et par
un oui
total,
le 16
septembre
1952,
heureux
et
confiants
nous
partions
pour la
plus
merveilleuse
des
aventures..
Ma
chérie,
je
n'oublierai
pas ces
premiers
jours et
ces
premières
nuits,
dont le
secret
restera
à
jamais
entre
nous,
où
timidement
mais en
parfaite
harmonie,
nous
nous
sommes
découverts
par
coeur et
par
corps.
Le
bonheur
de ces
premières
années
! Cette
soif
d'unité,
de
travail
bien
fait,
ces
prières
du soir
à
genoux
au bord
du lit
conjugal,
ces
résolutions
prise le
lendemain
que la
veille.
Et ces
messes
du
dimanche
où, sur
le même
banc,
nous
communions
à la
même
Parole.
Et ces
messes
d'anniversaire
de
mariage
auxquelles
nous
avons
toujours
été
fidèles
pour
nous
redire
le oui
du
premier
jour. Et
ces
lettres
de
fiancés,
cinquante-deux,
toutes
conservées
comme
des
reliques,
dont tu
nous
relisais
avec
tendresse
des
passages
le soir
sous la
lampe de
chevet
quand
une
étape
difficile
se
présentait.
Et tes
cinq
maternités.
Oh,
femme
tant
aimée,
ces
naissances
à
toutes
lesquelles
j'ai
été
présent,
ces ces
cinq
enfants
tous
désirés,
nous
arrivant
comme un
cadeau
du ciel,
belles
frimousses
dans un
berceau
où se
mirait
notre
amour
vivant...
Certes,
il n'y
eut pas
que des
joies.
Sur
l'autre
plateau
de la
balance
vinrent
les
peines,
les
difficultés
: la
cohabitation
avec les
parents,
les
rudes
journées
aux
champs,
dont
nous
revenions
si
fatigués.
Les
emprunts
dont
nous
avons
dû nous
charger
sous
peine de
laisser
s'enliser
notre
exploitation,
les
budgets
déficitaires
en fin
d'année,
l'éducation
des
enfants...
Bien des
fois,
aussi il
y eut
notre
péché.
Notre
orgueil
et notre
égoïsme
que nous
nous
efforcions
d'ébranler
à tous
les deux
quand
ils
tendaient
à
prendre
les
dessus.
Enfin
ma
chérie,
il y eut
cette
longue
que tu
traînais
comme un
boulet
durant
dix ans,
cette
dépression
nerveuse
vécue
avec ses
hauts et
ses bas,
que nous
avons
offerts
offert
ensemble
si
souvent.
Elle
paralysa
quelque
peu
notre
foyer,
qui, à
la
mesure
de ses
faibles
capacités
aurait
voulu
être
davantage
présent
à son
entourage
pour
partager
avec lui
dans des
engagements
sociaux,
familiaux
ou
chrétiens
; elle
aurait
pu même
faire
dériver
notre
embarcation,
sur les
rochers
ou vers
les
chues du
fleuve.
Si de
nos
quatre
mains
nous
n'avions
toujours
maintenu
la barre
dans la
bonne
direction.
Mais
comme il
faisait
bon
certains
soirs,
dans les
bras
l'un de
l'autre,
tes
pleurs
mélangés
à ma
fatigue,
dans
cette
proximité
d'âme
et de
corps,
sous
l'œil
de la
Providence,
écoutant
nos
cœurs
muets
vibrer
à
l'unisson,
heureux
dans
cette
épreuve,
de
rester
forts
malgré
notre
faiblesse.
Que de
fois
nous
sommes-nous
dit, à
mi-voix
;
"S'il
fallait
tout
recommencer,
le
referions-nous,
encore
ensemble
?"
Et nos
quatre
yeux de
se
répondre
:
"Oh
que oui
!"
Mais
Dieu ne
nous
avait-il
pas trop
donné ?
Le
savions-nous
encore
comme au
printemps
de notre
union ?
Savions-nous
toujours
reconnaître
sa
volonté
? Je me
le
demande
en
voyant
ces
quelques
feuilles
froissées
au
centre
de notre
livre,
écrites
au
crayon
comme si
nous
avions
souhaité
les
rattraper,
les
recommencer...
Mais
voici
cette
longue
page
inachevée,
que je
relis
aujourd'hui
en
t'écrivant,
tachée
de
blanc,
tachée
de noir.
Cette
page que
j'achève
de ma
seule
écriture
et que
tu avais
commencé
à
remplir
de ta
main, en
ce mois
de
février
1976, au
moment
du
mariage
de
Marie-Thérèse,
notre
deuxième
fille.
Marie-Françoise
l'avait
précédée
l'année
d'avant.
Nos deux
aînées
s'étaient
donc
envolée
du nid
familial
pour
aller
bâtir
le leur.
Restaient
encore
Pierre,
Marie-Cécile,
Jean-Paul,
nos
trois
derniers,
que nous
gardions
dans la
cage
entrouverte,
en
attendant
d'être
grands-parents.
Ni
jeunes,
ni
vieux,
97 ans
réunis,
nous
voyions
approcher
l'automne
de notre
vie et
le temps
du
mûrissement.
Quand
sur
notre
moisson
s'est
abattue
la
tornade.
Ma
chérie,
jamais
nous
n'avions
imaginé
que
notre
couple
serait
là dans
cette
chambre
de
clinique.
Toi
immobilisé
par ce
mal
foudroyant,
clouée
sur ton
lit
comme
Jésus
sur la
croix ;
moi à
ton
chevet
depuis
des
nuits et
des
jours,
inquiet
et
tremblant.
Non, ni
l'un ni
l'autre,
n'avions
envisagé
cette
courte
et
rapide
montée
au
calvaire,
et comme
j'ai du
te
paraître
bien
loin
derrière,
moi qui
te
suivais
impuissant.
Durant
ton
agonie,
ai-je
pleuré
ou ai-je
prié ?
Souffrais-tu
ou
étais-tu
heureuse
déjà ?
Je
revois
tes yeux
qui
partagé,
avant de
monter
jusqu'au
crucifix
au-dessus
de la
porte et
qui au
passage
me
confiait
ton
âme.
Ma
Mimi,
as-tu
entendu
à
l'oreille,
les
dernières
promesses
de ton
Yves,
serrant
et
couvrant
de
baisers
ta main
droite ?
Toi ma
femme,
dès cet
instant
sœur de
mon
âme,
as-tu vu
plus
clair
quand on
a fermé
tes yeux
? Oh
oui,
j'en
suis
sûr,
car ce
matin de
printemps,
le 31
mars
1976 à
3h05,
les
cieux
mon
renvoyés
ta
lumière.
Même la
mort n'a
pu
briser
ce qui
nous
unissait
plus
fort
qu'elle.
Malgré
l'écartèlement
de nos
corps,
le
déchirement
de notre
chair,
ton
âme,
qu'accompagnait
mon
ultime
prière
sur les
chemins
de
l'éternité,
à pris
avec
elle
toute
une
partie
de
moi-même.
De quoi,
qui,
cependant,
restais
seul au
milieu
de notre
champ
dévasté.
Dans
un petit
cimetière
de
campagne
au pied
d'une
vieille
église
en
ruines,
à
vingt-cinq
pas de
chez
nous, tu
reposes
immobile
et
froide,
sous un
peu de
terre et
une
dalle de
pierre,
couverte
de
fleurs,
autour
de
laquelle,
en
rêve,
je vois
fleurir
les
roses
blanches
sur des
rosiers
plantés
hier
pour
toi. Là
je suis
venu les
premières
semaines
te
pleurer
en te
cherchant,
là je
suis
venu
supplier
en me
résignant,
là je
t'ai
appelée
et
personne
ne m'a
répondu.
Par une
grâce
spéciale,
mon âme
effrayée
quelques
temps
par le
silence
de la
tienne,
a fini
par la
chercher
ailleurs
et elle
t'a
trouvée
au coeur
de ce
que je
vivais,
au
milieu
des
autres
et de
nos
enfants.
Neuf
mois que
tu es
partie :
le temps
d'une
maternité.
Toi,
plus que
jamais,
ma femme
devant
Dieu,
dis-moi
que de
tout ce
que nous
avons
vécu
ensemble,
rien ne
sera
jamais
effacé,
que
l'avenir
sera
semblable
à ce
passé,
et que
ta mort
est bien
à
l'image
d'une
montagne,
que nous
gravirons
ensemble,
toi par
la force
opposée,
invisible,
dans la
lumière,
moi de
ce
côté-ci
dans
l'obscurité,
mais
l'un et
l'autre
guidés
par la
grâce
et
communiquant
par la
prière.
Ta mort
a
délivré
ton âme
de la
chair
pour une
nouvelle
naissance
dans
l'éternel
mystère
: le
petit
enfant
qui ne
sait
d'où il
vient ;
le
mourant
qui ne
sait
pour où
il part
et
pourtant,
l'un va
d'où
vient
l'autre.
Ta
mort a
cessé
d'être
la mort.
Je te
sais
vivante
pour
toujours
puisque
mon
coeur
t'éprouve
comme
une
présence
divine.
Si par
moments
ton
absence
me brise
et me
déchire,
à
d'autres,
elle
m'approche
à
quelques
pas de
l'éternité.
Me
donnant
la force
de
paraître
heureux
pour
qu'autour
de moi
les
autres
le
soient
et,
finalement,
l'être
moi-même.
Aujourd'hui,
il
m'arrive
même
parfois
de
chanter.
Comme si
commençaient
pour
nous de
nouvelles
fiançailles.
Et moi,
l'héritier
de notre
amour,
et le
témoin
de ce
que nous
fûmes,
je me
découvre
meilleur.
Moi qui
naguère
me
laissais
conduire
et
entraîner
par
cette
vie
matérielle
et
intéressée,
moi qui
ne
savais
pas
parler
à Dieu,
ta
nouvelle
présence
m'aide
à faire
des
heures
qui
passent
une vie
d'offrantes
et de
prière
; je
cueille
au
passage
les
grâces
que tu
m'obtiens
et
j'atteins,
par ton
intercession,
à la
communion
des
saints...
Mais
Émilienne,
souvent
encore
je
pleure.
Que ton
absence
est
lourde
à
porter
quand la
nuit
m'envahit,
quand je
dois
chasser
de mes
insomnies
les
désirs
que je
garde de
ton
corps,
quand le
doute
reprend
le pas
sur
l'espérance.
Mais
mystérieusement,
chaque
nuit,
vers
trois
heures
du
matin,
je suis
réveillé
pour te
retrouver
vivante
en ta
nouvelle
vie. Oh
Émilienne,
laisse
ton Yves
qui
t'embrasse,
te
répéter
:
chérie,
sois
heureuse,
je
t'aime,
je prie
pour
toi, je
te
remercie...
Et toi,
protège-nous,
aide-moi,
soutiens-moi,
garde
notre
amour,
veille
sur nos
enfants...
Le
soir,
j'aime
te dire
cette
prière
que m'a
apprise
Michel
Sinniger
dont
l'épouse
aussi
avait
brusquement
rejoint
le
Seigneur.
Émilienne,
témoigne
auprès
de Dieu
de notre
tendresse
et de
nos
pauvretés
;
malgré
les
apparences,
des-lui
notre
infinie
certitude
et rends
grâce
avec
nous.
Où te
voilà
désormais
rendue,
ton
sourire
n'est ni
triste,
ni
d'hier,
ta
présence
est en
avant de
nous, à
qui
partage
notre
foi, dis
la
douceur
de Dieu,
à
l'incroyant
dit la
douceur
de
l'amour.
Nous ne
sommes
tous les
deux
qu'un
amour de
plus
pour
chanter
la
création.
Merci
mon
Dieu,
d'avoir
permis
notre
rencontre,
notre
couple.
Vous ne
l'avez
pas
reprise
; vous
ne
pouvez
séparer
ce que
vous
avec uni
; vous
ne
reprenez
pas
votre
Parole,
ni votre
promesse,
entendue
au plus
profond
de nous.
Et si
nous,
misérable,
je la
crois
glorieuse,
ressuscitée
et
heureuse,
si
j'épreuve
chaque
jour sa
présence
à fleur
d'âme,
combien
je sens
la
simple
chaleur
de la
Parole
du
Christ
en crois
disant :
"Ce
soir, tu
seras
avec moi
au
Paradis".
Au-delà
des
larmes,
qui
seront
oubliées,
au-delà
des
corps
qui
redeviendront
terre,
reste
l'amour,
reste
toi,
reste ce
qui a
fait et
demeure
notre
raison
de
vivre.
Merci
mon
Dieu,
merci
Émilienne,
merci
vous
tous
là-bas
au
Royaume
et que
la
lumière
soit.
Ton
Yves.
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